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 Leonhardt reprend de la baguette

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MessageSujet: Leonhardt reprend de la baguette   Ven 4 Jan - 3:23

Gustav Leonhardt enregistre deux cantates profanes chez Alpha
par Hugo Papbst mardi 23 octobre 2007

Gustav Leonhardt reprend la baguette
Depuis 1967, quand il "était" Jean-Sébastien Bach, emperruqué mains sur le clavier, dans le film de Jean-Marie Straub, "Chronique d'Anna Magdalena Bach", Gustav Leonhardt (né à Graveland aux Pays-Bas) défend avec passion, viscéralement, la diffusion et la connaissance des oeuvres du "Director Musices" de Leipzig. Certains comme Chostakovitch en ont fait l'épigramme générique et la clé de leurs oeuvres testaments, pour Gustav Leonhardt, les quatre lettres "Bach", de la même façon, concentrent toute une vie. Un engagement exclusif qui lui vient probablement de son père (membre actif de la société Bach des Pays-Bas), défendu comme claviériste (clavecin et orgue), comme chef également. 40 années ont passés. A presque 80 ans, l'homme n'a pas vacillé d'un pas: il reste et demeure le serviteur de "JS". Rigoureux et d'une indéfectible vision sur l'oeuvre abordée: contre l'avis de Rifkin qui bouleverse la donne musicologique en affirmant que Bach ne disposait pas d'un choeur mais d'un groupe de solistes, Leonhardt reste fidèle à ses premières croyances, en dirigeant d'une part le choeur proprement dit et les solistes d'autre part. Car Bach s'est toujours plaint à sa direction de ne pas disposer de plus de chanteurs, réclamant sopranos, basses et ténors en nombre! Pourtant, -effet de mode?-, McCreesh, Jünghanel, Kuijken l'ont depuis laissé sur cette option, préférant solliciter un ensemble de solistes, dans le respect de l'esthétique Rifkin. Isolé, le geste de Leonhardt n'en a pas perdu sa force de conviction.
En témoigne ce nouvel album, édité chez Alpha et consacré à deux cantates profanes, évocation du tempérament dramatique de Jean-Sébastien dont le génie s'il n'a pu s'inscrire dans le genre lyrique, signe ici deux ouvrages de pur théâtre. L'austérité d'un musicien sourcilleux d'articulation, de clarté et de précision rythmique s'est associée dans ce grand retour au disque et aux concerts (voir notre "agenda" ci après), aux instrumentistes exaltés volontiers enflammés voire impulsifs de Café Zimmermann.

Intelligibilité, clarté, brillance
De Bach, Leonhardt a exprimé l'abstraction mathématique et l'agilité des constructions contrapuntiques mais aussi l'amour des timbres instrumentaux (hautbois d'amour) ou vocaux (alto). Grâce à Alpha, celui qui avait abordé (ave Harnoncourt) toutes les cantates sacrées, prolonge ainsi (et reprend?) son cycle concentré sur les opus profanes, enregistrées chez Philips dès 1990, mais abandonnées après six ans de défrichement. En plus de l'intelligibilité et de l'éloquence, le Bach de Leonhardt y sonne jubilatoire, exclamatif, rayonnant de lumière et d'énergie.

Dans sa maison d'Amsterdam, une noble bâtisse du XVII ème siècle dont il a rédigé un opuscule historique, Leonhardt aime cultiver son jardin secret, en gentilhomme avisé, aimant passionnément les arts, pas seulement la musique, mais aussi la peinture. Loin des clameurs médiatiques, fuyant les plateaux télévisuels et l'exposition excessive, le chef nous avait habitué à ce souci d'une retraite jalousement observée. Or voici que le disque Alpha et la série des concerts en France du 18 au 24 novembre 2007, semble réveiller le remarquable interprète de son bienheureux endormissement. Chatouillé par l'envie de la direction, inspiré contre toute attente par l'allant des cantates festives et éclatantes (certes en rien sensuelles), l'ambassadeur de Bach reprend ainsi du service et de la baguette, ... pour notre plus grand plaisir.

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)
Angenehmes Wiederau, Bwv 30a (1737)
Vereinigte Zwietracht, Bwv 207 (1726)

Monika Frimmer, soprano. Robin Blaze, alto. Markus Schäfer, ténor. Stehpan Macleod, basse. Les chantres du Centre de musique baroque de Versailles, Café Zimmermann. Gustav Leonhardt, direction.
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MessageSujet: Re: Leonhardt reprend de la baguette   Ven 4 Jan - 3:28

CRITIQUE DU CD :


Bach: deux cantates profanes Bwv 207, Bwv 30a (Leonhardt, 2007)
par Benjamin Ballifh lundi 22 octobre 2007
Bach révélé! Leonhardt canalise toute la tension de l'effectif, accusant la nerveuse vitalité des cordes, les traits incisifs des bois: tout cela avance avec précision et rebond, opérant une fête des timbres, une ronde de danses particulièrement entraînantes...

Comme Buxtehude à Lübeck, commis d'office au regard de sa réputation, pour fournir la musique de circonstance pour les mariages des patriciens locaux, Bach accomplit aussi bon nombre de commandes profanes et privées à l'occasion des événements familiaux qui croisent sa carrière, en tant que Director Musices de Leipzig. Il aurait ainsi composer près de 60 cantates profanes dont 15 nous sont parvenues... Pour son grand retour comme chef, Gustav Leonhardt nous dévoile deux d'entre elles... plus connues dans leur réutilisation comme cantates d'église car Bach aimait recycler son matériel musical, y compris du profane vers le sacré. Pour la nommination du nouveau professeur de droit, Gottlieb Kortte à l'Université Saint-Paul, Bach livre une cantate triomphale (trois trompettes avec timbales), le 11 décembre 1726: la Bwv 207. Sur le livret de Picander, quatre allégories traitent du sujet: l'heureuse réconciliation des cordes divisées... En maints endroits du texte, d'habiles métaphores familières pour les auditeurs de l'époque, encensent les vertus du bon pédagogue et la gloire promise pour chacun de ses élèves, s'il se montre digne de l'enseignement reçu. Bach optimise son investissement puisqu'il réutilise la majorité de la cantate pour célébrer Auguste II, le 3 août 1735 (nouvel avatar, référencé sous son numéro de catalogue: "Bwv 207a").

L'histoire n'est pas avare en contradictions notoires. La cantate Bwv 30a quant à elle est plus tardive, de 9 ans. Elle célèbre les vertus du nouveau propriétaire de la terre de Wiederau, proche de Leipzig, le 28 septembre 1738, Johann Christian von Hennicke, "vaniteux et impopulaire", parvenu anobli par le Comte Brühl, premier ministre de la Saxe. En toute naïveté, le choeur introductif clame donc "Angenehmes Wiederau freue dich" (Agréable Widerau, réjouis toi!). Bach y peint la clameur d'une nature exubérante, heureuse d'honorer son bienfaiteur... Véritable drama per musica, la cantate offre de saillantes percées dramatiques aux solistes et c'est tout l'orchestre, particulièrement sollicité qui déploie une vaste scène théâtrale, riche en couleurs et en événements musicaux, au pastoralisme éclatant, dont l'allégorie du cours d'eau traversant la Wiederau, l'Elster, confiée au ténor... Picander y "déverse" une série d'hommages et d'hymnes fleuris et Bach se pique d'un coro introductif comprenant trompette et basse soliste, guidant, emportant même, toute la ferveur festive de l'assemblée convoquée (superbe cohorte murmurante des Chantres Versaillais). Exalté par son sujet, Bach atteint ici un degré supérieur dans la jubilation collective. Il devait réutiliser l'ensemble de drama pour sa Cantate Bwv 30 marquant la fête de la Saint-Michel, le 24 juin 1738.

Leonhardt canalise toute la tension de l'effectif, accusant la nerveuse vitalité des cordes, les traits incisifs des bois (deux flûtes et trois hautbois dans la Bwv 30a): tout cela avance avec précision et rebond, opérant une fête des timbres, une ronde de danses particulièrement entraînantes, à laquelle les solistes apportent leur concours non moins engagé. Saluons en particulier la basse Stephan Macleod, et surtout l'alto masculin, Robin Blaze: chacun accuse sans fioriture l'articulation du texte. On reste plus réservé quant au soprano de Monika Frimmer aux aigus, non couverts, souvent déchirés, tendus (Bwv 207). Même si l'on comprend que son timbre de jeune garçon réponde aux conceptions de Leonhardt, la chanteuse semble parfois en contradiction avec le sens de l'opulence et de la souplesse bondissante de l'orchestre, avec la communion exaltée du choeur. Le brillance des cuivres, l'allant des cordes, l'implication linguistique des solistes, sauf réserve émise, surtout l'articulation agissante de l'orchestre et des choeurs restituent l'éclat expressif du Bach profane, dont la veine purement théâtrale et l'hédonisme festif sont enfin rétablies. Exhumation captivante.
Un mot cependant sur le choix de la naissance de Vénus de François Boucher de 1740, comme visuel de couverture au présent enregistrement. Qu'ont vraiment à voir la pure jubilation sensuelle, l'érotisme rocaille, les courbes anacréontiques du peintre avec la pure célébration festive, dénuée de toute sensualité mais d'une allégresse vive voire mordante, d'un Bach artificier des couleurs et des timbres? La notice bien que développée sur ce rapprochement pour nous dissonant, n'est guère convaincante...

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)
Angenehmes Wiederau, Bwv 30a (1737)
Vereinigte Zwietracht, Bwv 207 (1726)

Monika Frimmer, soprano. Robin Blaze, alto. Markus Schäfer, ténor. Stephan Macleod, basse. Les chantres du Centre de musique baroque de Versailles, Café Zimmermann. Gustav Leonhardt, direction.
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