
J'aimerais vous présenter une facette peu connue de Paul Misraki (1908-1998), musicien surtout célèbre pour les chansons jazzy qu'il a composé pour Ray Ventura et ses collégiens ("Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine", "Tiens tiens tiens", "Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux", etc...).
Formé par Charles Koechlin (comme Lalo Schifrin, Francis Poulenc ou Henri Sauguet), il en hérite un savoir faire orchestral et une subtilité mélodique à mon sens tout à fait singulière au sein de la musique de film française des années 40 et 50 (même si Georges Auric s'en rapproche quelque fois). Michel Legrand a été profondément marqué par son art et un Philippe Sarde a sûrement une dette envers lui. A l'aise dans presque tous les styles, Misraki écrit aussi bien des musiques d'inspiration sud-américaines (pour "Et Dieu créa la femme" ou "La fièvre monte à El Pao"), orientale pour "Ali Baba et les quarante voleurs", jazz symphonique sombre pour "Le doulos", atonale pour le méconnu "La part du feu" que teintées de debussysme subtil sur le très lyrique "La minute de vérité".
Comme Philippe Sarde avec Bresson, Tavernier ou Ferreri, sa riche carrière l'a fait côtoyer les plus grands : Luis Buñuel, Orson Welles, Jacques Becker sans parler de Jean-Pierre Melville ou Jean-Luc Godard, excusez du peu !. C'est pour "Montparnasse 19" de Becker qu'il compose son chef d'oeuvre absolu : basé sur un simple motif de 4 notes ("Pour traduire l'obsession éthylique du personnage, écris-moi toute la partition sur quatre notes répétées !" exigea le réalisateur), le musicien parvient à écrire une véritable symphonie tragique et incroyablement subtile sur le plan orchestral sans jamais tomber dans le pathos dégoulinant si courant dans les années 40 et 50 voire même au delà (à noter qu'un des morceaux du film - joué à l'orgue - a sûrement inspiré le célèbre thème du "Samouraï" de François de Roubaix). Pour le thème de Rémi dans le "Sans famille" d'André Michel, il compose sans doute sa plus belle mélodie d'une pudeur à ce jour inégalée, celle ci sera très vite reprise en version chantée par la chanteuse de jazz Blossom Dearie, puis ensuite par d'autres interprètes comme Joyce ou Aldo Romano.
En plus d'avoir été compositeur, pianiste et orchestrateur, Misraki a aussi connu une importante carrière d'écrivain à la fin de sa vie.
3 extraits (hélas écourtés à 50 secondes, mais s'ils vous plaisent, contactez-moi en mp pour en savoir plus car j'ai bien peur que les CDs soient épuisés) :
La minute de véritéMontparnasse 19 - Jeanne Arrive À NiceSans famille - L'étang - chanté par Blossom Dearie