J'ai trouvé ce poème si beau que je vous le fais partager, ce n'est pas musical, mais a trait à un immense compositeur, et surtout un homme qui a transmis par le biais de la mu-
sique des idéaux de liberté :
BEETHOVEN
Beethoven a payé chèrement son génie,
On comprend aujourd'hui sa tristesse infinie,
Tout ce que dans son coeur il a dû refouler;
La blessure poignante, invisible et profonde,
Qu'il traînait à l'écart, en fuyant loin du monde,
En étouffant des pleurs qui n'avaient pu couler.
Pâtres et chevriers voyaient avec surprise,
Sous les ardents soleils, sour la pluie ou la bise,
Passer cet éternel et singulier marcheur,
Laissant au gré du vent flotter sa houppelande,
Comme le juif errant de l'antique légende,
Toujours seul, et le teint bruni comme un faucheur.
Les familles d'oiseaux dans leurs nids réveillées,
Trésaillaient à la fois sous les claires feuillées,
Avec leurs cris d'appel et leurs chansons d'amour,
Et reprenant en coeur toutes ces voix bénies.
Le printemps répétait ses grandes Symphonies...
BEETHOVEN n'entendait plus rien ...il était sourd!..
Sourd à toutes les voix, sourd à tous les murmures,
Au vent frais du matin dans les hautes ramures,
Aux bruits mystérieux des sources dans les bois,
Aux battoirs cliquetant des petites laveuses,
Sur le miroir des eaux souvent toutes rêveuses,
Qui battaient, qui chantaient, qui rêvaient à la fois.
Quand l'orgue, ouvrant le jeu de ses masses chorales,
Relatait sous la nef des vieilles cathédrales,
Sonores jusqu'au fond de leurs caveaux dormants,
Le pauvre dieu martyr en vain prêtait l'oreille;
A peine croyait-il entendre un vol d'abeille,
Une rumeur confuse en ses bourdonnements.
Obsédé par un sombre et décevant problème,
BEETHOVEN écoutait longuement en lui-même,
Un lointain souvenir d'anciens échos perdus.
A l'heure où le soir tombe, ou quand le jour se lève,
Marcheur silencieux, il renouait en rêve
De merveilleux accords autrefois entendus.
Nous avons le secret de ses larmes défondes;
Sa joie et sa douleur sont deux sources profondes
Où s'abreuvent sans fin tous les coeurs altérés.
Ses plus riches éclairs jaillissent des ténèbres,
Comme un alléluia sorti des chants funèbres,
Jetant son cri de gloire aux plus désespérés.
André LEMOYNE - Légendes des bois 1871